Le moment de l’éveil
À un certain moment, vous reconnaissez soudain cette vérité : votre nature profonde n’est pas séparée de la vie éternelle, toujours en mouvement dans l’impermanence. En cet instant, une paix profonde apparaît, parfois accompagnée d’une émotion bouleversante. C’est comme reconnaître quelque chose d’infiniment familier, plus sacré encore qu’un proche, qu’un lien de sang : la source de la vie.
C’est le moment où la prison mentale, qui vous entoure d’ordinaire de tant d’inquiétudes, de pensées, de jugements…, s’ouvre soudain, laissant apparaître un espace au-delà du mental. Un espace de pure présence, qui demeure intact même lorsque l’agitation du cerveau cesse. C’est ce que l’on appelle la méditation.
Cependant, ce moment, qui survient presque par hasard, ne dure pas éternellement. Il se prolonge un temps limité, puis s’efface peu à peu, vous laissant revenir à vos anciens modes de vie. Le cerveau étant habitué à son agitation constante, il finit par reprendre le dessus. Mais comme on a entrevu la vérité, on ne veut plus la perdre. Alors commence la quête pour retrouver ce moment, et cette quête pousse peu à peu l’être humain à s’engager dans une pratique : observer l’esprit, méditer, se discipliner… dans l’espoir de revenir à cet instant.
Pourtant, après un certain temps passé sur cette voie, du débutant jusqu’au pratiquant chevronné, ce que l’on trouve n’est souvent qu’un ensemble d’illusions et de faux-semblants : de fausses paix intérieures, de faux amours inconditionnels, des discours sur le non-soi, sur le fait d’être tout… mais qui deviennent ensuite de plus en plus subtils, au point de servir surtout à fuir la réalité avec encore plus de force. Autrefois, cette fuite était moins rationalisée, car on croyait qu’il fallait courir pour survivre. Mais maintenant, lorsqu’elle se trouve justifiée par de prétendues lois de l’attraction, de prospérité, ou par d’obscures leçons de gratitude, elle fournit un prétexte pour bâtir un nouvel empire de croyances et s’y endormir profondément. Le résultat, c’est une réalité concrète qui recule de plus en plus, une motivation qui s’effondre, une connaissance très développée des enseignements, mais sans véritable pratique, une énergie vitale plus basse qu’avant, une vie terne et découragée…
C’est alors qu’arrive un second réveil : on voit que c’est précisément cette recherche elle-même qui nous a entraînés dans la dérive, qui nous a déconnectés de la vie et éloignés peu à peu de la simplicité du premier instant. Et de là, une fleur de lotus recommence à émerger… On ne cherche plus, parce qu’on sait enfin ce qu’est la vérité. On sait ce qui est faux et ce qui est vrai.
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